Pour changer de club, la mode est d'aller au clash. Cet été, Batéfimbi Gomis, Zoumana Camara ou Julien Faubert ont suivi l'exemple. Contraints, les clubs finissent souvent par céder. Une pratique qui soulève de nouvelles interrogations sur la valeur du contrat dans le football.
C'est devenu une drôle d'habitude. Pour changer de club un joueur ne se contente plus de s'asseoir autour d'une table avec son agent et son président. Aujourd'hui, la mode est à l'épreuve de force. Mais, à l'heure de la reprise, les cas de bras de fer se multiplient. A Saint-Etienne, le cas Piquionne a fait école puisque Batéfimbi Gomis et Zoumana Camara, contactés par Lens et le PSG, boycottent l'entraînement pour forcer le club à les laisser libres. Et ils ne sont pas les seuls, Julien Faubert (Bordeaux), Bakary Sagna (Auxerre), Carlos Bueno (PSG) ou Rafik Saïfi (Lorient) ne sont toujours pas présentés à l'entraînement. Le Parisien Fabrice Pancrate, lui, s'est contenté de prévenir par texto Paul Le Guen qu'il serait de retour seulement le 9 juillet.
Si la méthode n'est pas nouvelle, elle se généralise dangereusement au détriment des règlements et lois en vigueur. On se souvient des départs mouvementés de Mickaël Essien en 2005 ou de Mahamadou Diarra en 2006 à Lyon. En 1999, Nicolas Anelka était également allé au clash pour obtenir son départ d'Arsenal pour le Real Madrid. Sylvain Wiltord l'avait imité en 2000 afin de passer de Bordeaux à Arsenal. Franck Ribéry avait bien tenté d'emprunter cette voie en 2006 avant de se résoudre à rester à Marseille. Mais personne n'égale Fabrice Fiorèse en la matière, roi du bras de fer en 2002 (de Guingamp au PSG) et en 2004 (du PSG à l'OM).
Roussey : "Faire valoir nos droits"
Alors à quoi sert encore le contrat ? Evoquant les cas Gomis et Camara, le nouvel entraîneur de l'ASSE Laurent Roussey brandit la menace. "En refusant de s'entraîner, ils sont tous les deux entrés dans des combats qu'ils pensent pouvoir gagner, mais ce qu'ils oublient sans doute, c'est qu'ils ont des contrats longue durée et qu'ils intègrent pleinement le projet que je souhaite mettre en place", prévient-il. "Si notre relation doit mal se passer, elle se passera mal. Mon intention est que l'on fasse valoir nos droits jusqu'au bout, et j'espère que les dirigeants me suivront". Mais a-t-il vraiment la possibilité de mettre sa menace à exécution ? Et l'ASSE peut-elle s'offrir le luxe de payer deux salaires sans les faire jouer avec le risque de perdre une belle indemnité de transfert ?
Sans parler du cas André-Pierre Gignac, qui aurait signé avec Lille et Toulouse, on peut en effet s'interroger sur la vraie valeur du contrat dont les termes sont de moins en moins respectés. Quelle est la position des représentants des joueurs ? "Normalement, c'est quelque chose qui ne nous plaît pas. Nous souhaitons que les contrats aillent à leur terme, qu'ils soient respectés par les deux parties, regrette Philippe Piat dans L'Equipe. Les faits sont toutefois loin d'étayer cette thèse. Mais, pour le président de l'UNFP, prompt à défendre les joueurs, "c'est le système qui conduit les joueurs à agir ainsi. Pour les présidents, c'est une sorte d'effet boomerang, la contrepartie de leurs propres pratiques".
A quoi bon un contrat ?
Pourtant, dans ce système, les clubs sont bien souvent les seuls perdants et les joueurs assurés d'emporter leur bras de fer. Aujourd'hui, la situation est elle que l'intéressé décide et le club s'exécute. Ainsi, en 2003, en laissant partir son capitaine Antoine Sibierski pour Manchester City dans les dernières heures du marché des transferts, sans lui avoir trouvé de remplaçant, Lens avait plombé sa saison. Car, jusque là, la tendance a plutôt été à la conciliation. "S'ils continuent de ne pas s'entraîner, ils s'exposeront à des sanctions financières. Mais on ne va pas casser leurs contrats. Cela les arrangerait trop !", menace encore Laurent Roussey. Dans le monde du travail, un tel comportement serait pourtant assimilé à une faute grave et synonyme de licenciement.
En l'occurrence, les clubs auraient la possibilité de saisir la commission juridique de la LFP et pourquoi pas de suspendre leur joueur. Une option qui n'a jamais été utilisée. Car ils savent bien le peu d'intérêt à conserver contre son gré un élément au sein de leur effectif. Récemment, seul Lille est allé au bout de sa démarche en refusant d'ouvrir la porte à un départ de Stathis Tavlaridis lorsque celui-ci voulait changer d'air en 2004 et 2005, sans toutefois aller jusqu'au boycott de l'entraînement. Mais Saint-Etienne, Bordeaux ou Auxerre en conviendront : ça n'est pas la meilleure façon de préparer la saison prochaine !